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Le TDAH, pour comprendre et agir

Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité : les signes, les étapes vers un diagnostic en Polynésie française et ce qui aide vraiment, avec des mots simples.

TDAH

Trouble du déficit de l'attention avec ou sans hyperactivité

Ha’apa’ora’a ’ore ta’a’ē ’e te pe’epe’e rahi

Le TDAH touche la capacité du cerveau à diriger son attention, à freiner ses gestes ou ses paroles et à s'organiser. Ce n'est ni un manque d'éducation, ni un manque de volonté, ni un manque d'intelligence. Il existe trois façons dont il peut se montrer : on parle de trois « présentations ».

≈ 5 %des enfants, soit environ 1 sur 20

≈ 2,5 %des adultes

70 à 80 %de la part héréditaire

2 à 3 ansde décalage de maturation

Chiffres : Faraone et al. (2021), consensus international sur le TDAH ; Polanczyk et al. (2015) ; Shaw et al. (2007).

Souvent passée inaperçue

La présentation inattentive

L'enfant ne dérange pas, il ne bouge pas plus que les autres… alors on ne voit rien. On dit qu'il est « dans la lune », « lent » ou « pas motivé ». C'est la forme la plus discrète, et elle est souvent repérée tard, en particulier chez les filles.

Les 9 signes recherchés

  • Fait des erreurs d'étourderie, ne voit pas les détails
  • A du mal à rester attentif dans le travail ou même dans le jeu
  • Semble ne pas écouter quand on lui parle directement
  • Ne va pas au bout des consignes, ne finit pas ses tâches
  • A du mal à s'organiser, à gérer son temps
  • Évite les tâches qui demandent un long effort mental
  • Perd ses affaires : cahiers, stylos, gilet, devoirs
  • Est facilement distrait par ce qui se passe autour
  • Oublie souvent les choses du quotidien

On observe souvent aussi : la rêverie, une certaine lenteur, une grande fatigue en fin de journée.

La plus visible

La présentation hyperactive et impulsive

Le corps et la parole vont plus vite que la pensée.

Les 9 signes recherchés

  • Remue souvent les mains ou les pieds, se tortille
  • Se lève quand il devrait rester assis
  • Court ou grimpe partout (chez l'adolescent : un sentiment d'impatience)
  • A du mal à jouer ou à se détendre calmement
  • Est toujours « sur ressorts », comme poussé par un moteur
  • Parle beaucoup
  • Répond avant la fin de la question
  • A beaucoup de mal à attendre son tour
  • Interrompt les autres, s'impose dans les jeux ou les conversations

On observe souvent aussi : des émotions qui débordent vite (colère, larmes, frustration).

La plus fréquente

La présentation combinée

L'enfant a à la fois des signes d'inattention et des signes d'hyperactivité-impulsivité, en nombre suffisant dans les deux listes. C'est la présentation la plus souvent diagnostiquée en consultation.

  • Il cumule les difficultés des deux premières formes
  • Le quotidien demande beaucoup d'énergie, à lui comme à sa famille

Bon à savoir : la présentation peut changer avec l'âge. L'agitation se voit souvent moins à l'adolescence : elle devient une agitation « intérieure ». Les difficultés d'attention et d'organisation, elles, persistent souvent à l'âge adulte.

Les signes doivent être fréquents, durer depuis au moins 6 mois et être plus marqués que chez les enfants du même âge. Tout enfant peut être distrait ou agité de temps en temps : c'est l'intensité et la gêne au quotidien qui comptent (voir les critères).

« Le TDAH, ce n'est pas ne pas savoir quoi faire. C'est ne pas arriver à faire ce qu'on sait. »

Dr Russell Barkley, psychologue et chercheur spécialiste du TDAH

« Il ne veut pas » « Il ne peut pas encore »

Vrai ou faux ? Touchez une phrase pour voir la réponse.

À quoi c'est dû ? Pourquoi « 2 à 3 ans de décalage » ?
Illustration du cerveau vu comme un chantier : le chef de chantier du lobe frontal planifie et contrôle, des messagers circulent entre les zones. Avec un TDAH, le développement est retardé de 2 à 3 ans, le chef de chantier est dépassé et les messagers se perdent : un cerveau différent, un fonctionnement unique.
Le cerveau, un grand chantier. Avec un TDAH, le chef de chantier est dépassé et les messagers se perdent.

Un cerveau qui fonctionne autrement

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement : il vient de la façon dont le cerveau se construit. Imaginez un grand chantier.

À l'avant du cerveau, le lobe frontal est le chef de chantier : il planifie, décide, anticipe, freine et aide à se concentrer. Chez une personne avec un TDAH, ce chef de chantier est vite dépassé, et les messages entre les différentes zones circulent moins bien.

Un développement décalé de 2 à 3 ans

Les études d'imagerie montrent que certaines zones du cerveau, surtout à l'avant, mûrissent avec environ 2 à 3 ans de retard. Ces zones gèrent l'organisation, l'attention, la patience et les émotions.

Concrètement, un enfant de 10 ans peut avoir, dans ces domaines, la maturité d'un enfant de 7 ou 8 ans. Il est tout aussi intelligent : il a simplement besoin de plus de temps et de plus d'aide pour ces compétences.

D'où ça vient ?

  • Surtout de l'hérédité : le TDAH est en grande partie génétique. Il est fréquent qu'un parent, un frère ou une sœur soit aussi concerné.
  • Certains facteurs augmentent aussi le risque : une grande prématurité, un petit poids de naissance, l'exposition à l'alcool ou au tabac pendant la grossesse.
  • Ce n'est pas la faute de l'éducation, des parents, des écrans ou du sucre. Ces éléments peuvent rendre le quotidien plus difficile, mais ils ne causent pas le TDAH.

Le TDAH concerne environ 5 % des enfants (1 sur 20) et 2,5 % des adultes dans le monde. La part héréditaire est estimée à 70 à 80 %.

Sources : Barkley (1997, 2015) ; Faraone et al. (2021), consensus international sur le TDAH ; Polanczyk et al. (2015) ; Shaw et al. (2007), étude sur la maturation du cortex.

Avant le diagnostic : ce qu'il faut vérifier

Certaines situations du quotidien peuvent ressembler à un TDAH ou l'aggraver. Avant le rendez-vous, posez-vous ces questions. Elles ne remplacent pas l'avis d'un médecin, mais elles l'aident beaucoup. Et un enfant peut avoir à la fois un TDAH et l'une de ces difficultés.

1. Les écrans

Sur une échelle de 0 à 10, où placez-vous le temps que votre enfant passe devant les écrans (télévision, téléphone, tablette, console) ?

Touchez un chiffre.

Au-delà de 6, commencez déjà par réduire les écrans. Les écrans trop présents peuvent donner une attention en « zapping », de l'agitation, de l'irritabilité et un sommeil de moins bonne qualité. Repères simples : pas d'écran avant 3 ans, et jamais le matin avant l'école, pendant les repas, dans la chambre ni dans l'heure qui précède le coucher.

2. Le sommeil

Un enfant qui dort mal peut être agité et distrait, comme un enfant avec un TDAH. Demandez-vous :

Ronflements et pauses respiratoires peuvent être le signe d'une apnée du sommeil : parlez-en à votre médecin et faites un bilan chez un ORL.

3. L'audition et la vue

Un enfant qui entend mal semble ne pas écouter et décroche vite. Un enfant qui voit mal se fatigue et se disperse. Faites vérifier son audition (ORL) et sa vue (ophtalmologue ou orthoptiste).

4. L'alimentation

Comment mange-t-il ? Prend-il un petit-déjeuner ? Les sucres rapides (sodas, jus, bonbons, gâteaux) passent très vite dans le sang et arrivent très vite au cerveau : ils peuvent exciter l'enfant, puis l'énergie retombe d'un coup, avec fatigue et irritabilité.

Le sucre ne cause pas le TDAH, mais des repas réguliers et équilibrés, et de l'eau plutôt que des sodas, aident l'attention et l'humeur.

5. Le cadre à la maison

Est-ce qu'il y a des règles fixes à la maison, les mêmes chaque jour et pour tous les adultes ? Des horaires réguliers pour les repas, les devoirs, le coucher ? Un cadre clair, calme et prévisible aide tous les enfants, et encore plus un enfant avec un TDAH. Ce n'est pas un reproche fait aux parents : c'est un appui que l'on peut construire ensemble.

6. Ce qu'il vit en ce moment

Une séparation, un deuil, un déménagement, une naissance, des moqueries ou du harcèlement à l'école, de l'anxiété : un enfant inquiet ou malheureux peut aussi avoir du mal à se concentrer. Parlez-en au médecin.

Qui pose le diagnostic à Tahiti ?

Le diagnostic de TDAH est clinique : il n'existe ni prise de sang ni examen du cerveau qui le prouve. Il est posé par un médecin après un entretien avec l'enfant et les parents, un examen médical, et des informations recueillies auprès de l'école et de l'entourage.

Depuis 2024, la Haute Autorité de santé (HAS) précise que tout médecin formé au TDAH, y compris un médecin généraliste, peut poser ce diagnostic. Avant 5 ans, les médecins restent prudents, car les jeunes enfants évoluent très vite.

Voici les portes d'entrée en Polynésie française :

  1. Votre médecin traitant. C'est la première personne à voir. Racontez-lui ce que vous observez, à la maison et à l'école. Il peut vous orienter, et surtout vous faire un courrier pour les services spécialisés.
  2. Un pédiatre ou un neuropédiatre. Le pédiatre suit le développement de l'enfant ; le neuropédiatre est spécialiste du cerveau et du système nerveux de l'enfant.
  3. Un pédopsychiatre ou un psychiatre en libéral. Ils reçoivent en cabinet, sur rendez-vous. Le pédopsychiatre est spécialiste de la santé psychique de l'enfant et de l'adolescent ; le psychiatre reçoit aussi les adolescents et les adultes. Un courrier de votre médecin traitant est conseillé.
  4. Le CAMSP (centre d'action médico-sociale précoce), pour les plus jeunes enfants. Les enfants y sont adressés : demandez à votre médecin traitant de faire un courrier au médecin du CAMSP pour une consultation.
  5. L'unité de pédopsychiatrie du CHPF, au Centre de la mère et de l'enfant, à Pirae (40 48 58 50, de 7 h 30 à 15 h 30). Là aussi, l'enfant doit être adressé par un courrier de votre médecin traitant.

Nos conseils : les délais peuvent être longs, alors faites la demande tôt. Pour le rendez-vous, apportez le carnet de santé, les bulletins et quelques cahiers, les remarques des enseignants, et notez des exemples concrets du quotidien. Besoin d'aide pour vous repérer ? Contactez-nous.

Les bilans souvent demandés

Pour bien comprendre comment fonctionne votre enfant, les professionnels demandent souvent un ou plusieurs bilans, selon ce qu'ils observent :

  • Neuropsychologue : l'attention, la mémoire, l'organisation, la capacité à freiner ses réactions, et parfois l'efficience intellectuelle.
  • Psychomotricien : le corps, l'équilibre, la coordination, le rapport à l'espace, la gestion de l'agitation et des émotions.
  • Orthophoniste : le langage oral et écrit, la lecture, l'orthographe, et la compréhension des consignes.
  • Ergothérapeute, parfois : l'écriture, l'autonomie dans les gestes du quotidien, et les outils qui peuvent aider (ordinateur, aménagements).

Ces bilans ne posent pas le diagnostic à eux seuls : c'est le médecin qui rassemble toutes les informations. Le bilan neuropsychologique est un appui précieux : il permet de comprendre finement comment fonctionne votre enfant (attention, mémoire, organisation), d'écarter d'autres causes et d'adapter l'accompagnement au plus près de ses besoins.

Les bilans servent aussi à repérer les troubles qui accompagnent souvent le TDAH : troubles des apprentissages, anxiété, troubles du sommeil, trouble du spectre de l'autisme…

Les critères du diagnostic et les niveaux : léger, modéré, sévère

Ce que le médecin vérifie

Les médecins s'appuient sur des critères internationaux, ceux du DSM-5-TR (le manuel de référence publié par l'Association américaine de psychiatrie, dans sa version mise à jour de 2022). Pour parler de TDAH, il faut que :

  • l'enfant présente au moins 6 signes sur 9 d'inattention, et/ou au moins 6 signes sur 9 d'hyperactivité-impulsivité (5 signes à partir de 17 ans) ;
  • ces signes durent depuis au moins 6 mois et sont plus marqués que chez les enfants du même âge ;
  • plusieurs signes étaient déjà présents avant 12 ans ;
  • ils se voient dans au moins deux lieux de vie : la maison, l'école, les activités, avec les amis ;
  • ils gênent vraiment la vie de l'enfant : les apprentissages, les relations, la vie de famille ;
  • ils ne s'expliquent pas mieux par une autre cause (voir « Avant le diagnostic »).

Selon les signes les plus présents, le médecin précise la présentation : inattentive, hyperactive et impulsive, ou combinée.

Les trois niveaux d'intensité

Léger

Peu de signes en plus du minimum nécessaire. Les difficultés sont réelles, mais leur impact sur l'école, la vie sociale et la famille reste limité.

Modéré

Entre les deux : les signes et leur impact sur la vie quotidienne sont plus importants que dans la forme légère.

Sévère

Beaucoup de signes en plus du minimum, ou certains signes très intenses, avec un retentissement important sur l'école, les relations et la vie de famille.

Le niveau n'est pas une étiquette pour la vie : il peut évoluer avec l'âge, avec l'aide reçue et avec l'environnement. Il sert surtout à adapter l'accompagnement.

Sources : DSM-5-TR (American Psychiatric Association, 2022) ; Haute Autorité de santé, recommandations TDAH de l'enfant et de l'adolescent (2024).

Un questionnaire pour préparer le rendez-vous (SNAP-IV)
Aperçu du questionnaire SNAP-IV 26 : échelle d'évaluation pour le parent et le professeur, 26 questions à cocher de « pas du tout » à « très souvent »

Important : ce questionnaire ne pose pas de diagnostic. Il ne remplace en aucun cas l'avis d'un médecin. Il peut simplement vous mettre sur la voie, et vous aider à organiser vos observations avant un rendez-vous.

Le SNAP-IV 26 est une liste de 26 comportements. Pour chacun, on coche ce qui décrit le mieux l'enfant : « pas du tout », « un peu », « souvent » ou « très souvent ».

  • les questions 1 à 9 concernent l'inattention ;
  • les questions 10 à 18 concernent l'hyperactivité et l'impulsivité ;
  • les questions 19 à 26 concernent l'opposition (colère, refus des règles).

Le mieux est qu'il soit rempli par un parent et par l'enseignant, chacun de son côté, puis apporté au médecin. C'est lui qui saura l'interpréter avec le reste du bilan.

↓ La grille à imprimer (PDF) Voir la fiche détaillée

Pour aller plus loin, l'association canadienne CADDRA, qui réunit des professionnels spécialistes du TDAH, propose des questionnaires et des informations fiables en français : www.caddra.ca.

Source : SNAP-IV 26, James M. Swanson, Ph. D., Université de Californie à Irvine (version française non validée).

Ce qui aide : ce que recommande la HAS

La HAS recommande de commencer sans médicament, et d'agir à la fois à la maison, à l'école et auprès de l'enfant.

Au quotidien

  • Des routines claires et des consignes courtes, une à la fois
  • Des supports visuels pour « sortir » l'organisation de la tête (voir nos outils pour la maison)
  • Des pauses pour bouger
  • Des encouragements plutôt que des reproches
  • Un bon sommeil et des écrans limités

En premier, sans médicament

  • Comprendre le trouble (psychoéducation) : expliquer le TDAH à l'enfant et à sa famille
  • Les programmes d'entraînement aux habiletés parentales : des séances en groupe pour apprendre des outils concrets
  • Des aménagements à l'école (PAP, PPS)
  • Une thérapie cognitive, comportementale et émotionnelle si l'anxiété ou les émotions pèsent, surtout à l'adolescence

Si besoin, un traitement

  • Quand ces aides ne suffisent pas, le médecin peut proposer un médicament : en premier, le méthylphénidate
  • À partir de 6 ans, avec un suivi régulier de son efficacité et de ses effets
  • Le traitement ne « guérit » pas : il aide l'enfant à mieux utiliser ses capacités, en complément des autres aides

Source : Haute Autorité de santé, « Trouble du neurodéveloppement / TDAH : diagnostic et interventions thérapeutiques auprès des enfants et adolescents », septembre 2024.

Informations vérifiées en octobre 2026, d'après les recommandations de la HAS (2024) et le DSM-5-TR. Elles aident à se repérer et ne remplacent pas l'avis d'un professionnel.

Les autres troubles du neurodéveloppement (autisme, troubles spécifiques des apprentissages, langage, coordination, développement intellectuel) sont présentés sur la page Comprendre un trouble.

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